Que devient Roguy Meyé ?

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Vie de nos expatriés

Il a disparu des écrans radars depuis plusieurs années. En effet,
depuis son retour au Gabon, en 213, à l’Union sportive de Bitam, après
une expatriation gâchées suite à une grave blessure, Roguy Meye, le
natif de Makokou n’est plus jamais revenu à son meilleur niveau. Pis,
l’homme, en voulant rebondir en Europe, s’est retrouvé en situation de
clochard, sans abris et sans vêtement. Incroyable ! Qu’est-il devenu ?
Frédéric Surdey, un confrère français a suivi les traces de l’ancien
international gabonais. Un récit poignant et inédit. Suivez le guide !

“Le footballeur Roguy Méyé, international gabonais passé par Colmar au
SRC et qui joue actuellement au Racing HW 96, aux côtés de son avocat
M e Michel Welschinger, qui l’a assisté pour l’obtention d’une carte
de séjour. Un destin hors norme peut naître d’un malentendu : « Le
foot, ça ne m’intéressait pas quand j’étais gamin ! J’y jouais parfois
dans la rue comme tous les enfants d’Afrique, mais je préférais les
arts martiaux… À 14 ans, un ami d’enfance qui jouait à l’AS
Mangasport, club gabonais de la capitale du manganèse où j’ai grandi,
m’a encouragé à y faire un essai : j’y suis allé pour voir et j’ai été
pris. Le plaisir est venu ensuite. Deux ans plus tard, j’ai intégré
l’équipe senior, où j’ai marqué 43 buts en 132 matches. »

De Roger Lemerre à Gernot Rohr.

À 20 ans à peine, Roguy Méyé est appelé par Alain Giresse,
sélectionneur des « Panthères », l’équipe nationale du Gabon. Par
l’intermédiaire d’un compatriote qui jouait en Hongrie, un manager lui
propose des essais là-bas et l’attaquant signe un premier contrat
professionnel en Europe, en D1, à Zalaegerszeg. Malgré le choc
thermique et culturel, il s’acclimate vite et empile les buts pendant
deux ans. À Ankaraspor, dans l’élite turque, tout s’enchaîne pour le
mieux jusqu’à « une situation ubuesque » dont il fait les frais. Alors
que la saison a débuté, son club est rétrogradé après l’implication du
président dans le club rival d’Ankaragücü, où signe Roguy Méyé.
Quelques mois plus tard, alors que Roger Lemerre, ex-entraîneur de
l’équipe de France championne d’Europe en 2000, compte sur lui,
Ankaragücü recrute un joueur étranger de trop et le prie de rejoindre
le club fantôme d’Ankaraspor, le privant de compétition pendant
plusieurs mois avant un retour à Ankaragücü…

Dans le viseur du RC Strasbourg

L’international revenait alors des ambiances incandescentes de la
Coupe d’Afrique des Nations avec l’équipe nationale. Il a
régulièrement été convoqué chez les « Panthères » entre 2006 et 2012
(22 sélections pour 7 buts d’après Wikipédia, « davantage » selon
lui), aux côtés de la star mondiale Pierre-Emerick Aubameyang et
d’autres joueurs renommés comme Daniel Cousin ou Eric Mouloungui
(formé dans le même club avant de rejoindre le RC Strasbourg), sous
les ordres d’Alain Giresse (« un père pour moi ») puis de Gernot Rohr,
deux personnalités fortes du monde du ballon rond.

Un temps pressenti au Racing Club de Strasbourg – alors en L2 – début
2010, après son expérience turque, Roguy Méyé est prêté début 2011 au
Paris FC, en National (3edivision française), où il finit une saison
mitigée. Avant une nouvelle aventure en D1 hongroise, à Zalaegerszeg
puis à Debrecen, où son sens du but contribue au doublé coupe –
championnat. Il a 26 ans et sa carrière pro redécolle en Europe. Mais
« tout s’écroule » à la suite d’une grave blessure (fracture tibia
péroné et rupture des ligaments croisés d’un genou) et d’une opération
ratée en Hongrie. C’est la descente aux enfers.
Quatre ans après cette blessure qui a mis un terme à sa carrière
professionnelle, il décide de « se battre » et de retenter sa chance
dans l’Hexagone, dans un championnat de France amateurs. En janvier
2017, il obtient un visa pour un essai aux Ulis (Essonne) en CFA 2
(aujourd’hui National 3), qui se révèle non concluant. Au printemps
2017, son « frérot » Mahamadou Diawara – qu’il a connu en Hongrie
avant que ce dernier ne joue aux SR Colmar (National) puis au FC
Mulhouse (CFA) – lui présente Pape Dieye, ex-joueur et préparateur
physique des SRC devenu entraîneur du club tombé en Régional 2
(ex-Excellence). Roguy Méyé s’entraîne quelques mois à Colmar, perd
ses kilos en trop et finit par intégrer les équipes réserve puis
première en octobre 2017. Il retrouve régulièrement le chemin des
filets et devient éducateur des jeunes de 10 et 11 ans.

« On m’a alors fait part d’un ‘‘petit problème’’ qui en était un gros,
même si cela ne l’empêchait pas de jouer en amateur : le visa était
expiré depuis février, ce qui faisait de lui un sans-papiers »,
raconte Me Michel Welschinger, avocat à la cour de Colmar et membre du
conseil d’administration des SRC. C’est le début d’un « parcours du
combattant » : demande d’une carte de séjour à la préfecture du
Haut-Rhin en mars 2018, décision implicite de rejet en juillet d’où un
premier recours, arrêté l’obligeant à quitter le territoire français
en octobre, recours devant le tribunal administratif de Strasbourg…

Après avoir remporté la Coupe d’Alsace avec le SRC, Roguy Méyé a suivi
l’été dernier l’entraîneur Pape Dieye au Racing HW 96 (Régional 3) où
il reste aussi éducateur de jeunes. Il a pu compter sur de nombreux
soutiens, dont certains ont attesté de son intégration dans la vie
française ou de ce qu’il apporte de par son vécu aux clubs locaux, de
Colmar à Holtzwihr-Wickerschwihr : des joueurs, des dirigeants, ainsi
que le maire d’Holtzwihr, Bernard Gerber, ou encore un cadre de
l’association Espoir qui lui a rapidement trouvé un logement.

« On m’a fait une promesse d’embauche et donné des vêtements,
quelques-uns m’ont fait découvrir la région, par exemple à Kaysersberg
le musée Albert Schweitzer, une personnalité que je connaissais
forcément en tant que Gabonais. Je suis tellement reconnaissant envers
ceux qui m’ont aidé et m’aident encore. Une personne proche du SRC m’a
carrément proposé de m’héberger, ce qui est le cas depuis avril 2018.
C’est énorme. »

Le 28 février dernier, c’est « la délivrance » : l’obtention d’une
carte de séjour temporaire, à la suite d’une décision du tribunal
administratif retenant notamment « son expérience d’ancien joueur
professionnel permettant d’apporter une réelle plus-value en tant
qu’éducateur de jeunes ». Roguy Méyé saisit la balle au bond et
devient, comme on lui avait promis, employé dans un café-restaurant du
centre-ville de Colmar « pour ne pas être une charge pour la société
».

À 32 ans, l’ex-« Panthère » a retrouvé un but : obtenir le diplôme
d’entraîneur pro pour transmettre son expérience et son art du rebond
aux joueurs, confirmés ou en herbe. Dire qu’à leur âge, les seuls
coups de patte qui le passionnaient étaient ceux du full-contact…

Une longue « rééducation » dans une tribu Pygmée
Malgré une longue rééducation après sa grave blessure et son opération
en Hongrie, Roguy Méyé sent le clou qu’on lui a posé dans la jambe : «
J’arrivais à peine à marcher. À un moment, je risquais même
l’amputation. »

Il rompt alors son contrat hongrois et retourne au Gabon, en Division
1, mais souffre trop pour se relancer vraiment. Six autres opérations,
à Paris, seront nécessaires, le joueur ressentant encore aujourd’hui «
de petites douleurs ». Il rentre à nouveau au pays, mais est confronté
à des problèmes personnels et se retrouve « découragé et isolé »
pendant de longs mois.

« Pour se ressourcer », il se tourne vers « les soins et rites
traditionnels », et par le biais de connaissances, séjourne plusieurs
semaines en forêt au sein d’une tribu Pygmée : « Une sorte de
rééducation, sans travail physique, mais à base de massages,
d’application de feuilles, d’écorces et de bien d’autres choses de la
nature, pour remettre la personne en route et pour que le corps se
régénère. Cela m’a beaucoup aidé à me remettre d’aplomb ».

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