Entretien exclusif Habib Beye

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Dans la perspective du Mondial 2018 – Entretien exclusif avec l’ancien défenseur des Lions du Sénégal des années 2000…

…Habib Beye : “Lorsqu’on prendra conscience de nos capacités, on pourra aller très loin”

Il fut de l’épopée Corée- Japon, en 2002,   les Lions du Sénégal avait atteint les quarts de finale de la Coupe du monde de football, battu 0-1 sur la corde  par la Turquie. Sa reconversion réussie, en qualité  de consultant sportif chez Canal + , fait de lui une voix respectée et autorisée dans le milieu. Un expert ! Habib Beye, c’est de lui dont il s’agit, a récemment accordé une interview exclusive à  notre correspondant permanent au Sénégal Abdou Bakhoum. Au cours  de cet entretien, l’homme parle des chances des équipes africaines, et tout naturellement des Lions de la Teranga. Excellente lecture ! 

Isport :  Habib Beye, dans quelques jours, les équipes africaines entrent en lice dans le cadre du Mondial 2018 en Russie. Quelles sont les chances de nos représentants ?

Toutes les sélections vont avec les mêmes chances. Ce qui est important de rappeler c’est qu’aujourd’hui, tant qu’on n’arrivera pas à déplacer les plafonds de verre que sont les quarts de finale, on arrivera jamais à aller très loin. J’ai l’impression que dès qu’une équipe africaine arrive en quart de finale ou en  8è de finale, les gens pensent que la compétition est réussie. Il faut qu’on prenne conscience qu’on a l’opportunité, la capacité et la qualité au Sénégal, en Égypte, en Tunisie, au Maroc et au Nigeria, de bouleverser la hiérarchie mondiale, européenne, sud-américaine. C’est très difficile mais c’est fort possible. En 2002 on n’est pas passé loin d’une demi-finale. Il faut que mentalement qu’on arrive à dépasser cette limite qui veut faire croire qu’on est invités que pour les quarts de finale. Lorsqu’on arrivera à dépasser cela mentalement, on aura l’opportunité avec la qualité qu’on a d’aller très loin en Coupe du monde. Lorsque je regarde une équipe comme celle du Sénégal, on a un joueur,  Sadio Mané, buteur en finale de Ligue des champions, qui peut faire mal à n’importe quelle formation. Il fait partie des meilleurs joueurs au monde. Il a brillé en Ligue des champions. Il a marqué 10 buts. Ce n’est pas rien. Salah a marqué 10 buts. Lorsqu’on prendra conscience de nos capacités, on pourra aller très loin. Je pense qu’il n’y a aucune limite à se fixer.

En parlant justement de Mane, quel rôle  devrait-il jouer au sein de l’équipe du Sénégal ?

Il est le leader technique de cette équipe, le meilleur joueur incontestablement des Lions,  et il doit en quelque sorte guider son équipe. Mais guider une équipe ce n’est pas prendre toute la responsabilité du jeu tactique. Sadio ne peut pas tout faire. Il est au service d’un collectif et c’est ce collectif qui doit magnifier un peu son talent et je crois qu’il faut lui enlever une certaine pression. Lorsque je compare Sadio et El Hadji Diouf, ils sont complètement différents. El Hadj était capable d’encaisser toute la pression d’un pays, d’un continent parce que c’était son caractère, c’était un peu ce qui le faisait avancer. Sadio, il est un peu différent. Il est introverti, c’est quelqu’un de très discret et qui a peut-être besoin de moins de pression pour évoluer. Et lorsqu’on aura compris  que les espoirs ne reposent pas seulement sur Sadio, on aura une équipe qui va se libérer un peu et la force collective de cette équipe va se dégager. J’ai une grande confiance pour cette formation du Sénégal, une grande confiance en Sadio Mané qui a fait une saison fantastique.

Les sélections se préparent. Pouvez-vous dire un mot  sur l’importance des matches amicaux ?

Les matches amicaux sont une façon pour le sélectionneur de voir l’état physique de ses joueurs. On attend toujours des victoires, qu’il y ait énormément du spectacle. Il faut que les gens sachent qu’ Aliou est dans un cheminement pour emmener son équipe à 200 % le jour du premier match contre la Pologne. Ce qui se passe avant est très bien pour gérer un effectif. J’étais par exemple très surpris d’entendre des critiques sur le système tactique d’ Aliou,  notamment lors du match contre la Bosnie. Or, je pense que c’est une bonne chose dans les matches de préparation d’essayer de juger quel peut être l’aspect tactique d’une équipe, de savoir si elle est capable de jouer dans un tel système parce justement les matches amicaux sont faits pour ça. Je pense qu’un entraineur doit prendre en compte tous les paramètres. Le Sénégal va jouer la Pologne, la Colombie, le Japon, trois équipes différentes avec un style de jeu différent. Pour Aliou aussi, c’était une façon de voir comment son équipe se comporte dans un style de jeu différent, comment son équipe se comporte avec des joueurs différents, une façon aussi de voir quelle peut être la meilleure solution. C’est pourquoi je trouve dommage d’entendre beaucoup de journalistes, que ce soit en Europe ou au Sénégal, de juger Aliou Cissé sur ses choix ou sur sa façon de manager son équipe. Encore une fois, je dis : laissez le rendre son bilan, et ce jour-là on pourra juger. Mais tant qu’il n’a pas fait son bilan, on est dans l’analyse.

Entretien réalisé par notre correspondant permanent au Sénégal

Abdou Bakhoum

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