… Diégane Sarr : “Le Gabon peine à se faire une place dans le football continental”

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Le regard croisé sur le sport africain de notre confrère du journal sénégalais le Soleil …

 Diégane Sarr est journaliste au desk sport du plus grand quotidien  sénégalais, le Soleil. Ce passionné de sport, notamment de football, est une des plus belles plumes sportives du pays. C’est à raison, qu’il couvrira, pour le compte de son journal, les épopées du Mondial russe des Lions de la Téranga. Interrogé par Isport, le jeune Diégane, sans détours, parle de son amour éternel pour le foot, des chances des équipes nationales africaines au Mondial, et tout naturellement du sport gabonais. Excellence lecture avec l’artiste!

M. Sarr. Vous êtes journaliste exerçant au desk sport du quotidien national le Soleil. D’où vous vient cette passion pour le sport? 

Cette passion pour le sport notamment pour le football remonte depuis mon jeune âge. Dès mon enfance, je me suis attaché au football comme à la prunelle de mes yeux. Ainsi, je jouais régulièrement avec mes camarades dans la cour du village entourée des concessions en palissades. Je fus par la suite capitaine de l’équipe cadette de notre village ; signe d’une certaine détermination. En même temps, je suivais avec passion la Coupe d’Afrique des nations, à travers les ondes de la radio nationale RTS. A l’époque, il n’y avait presque pas de télé en milieu rural. Je me rappelle toujours du quart de finale entre le Cameroun de Roger Milla et le Sénégal de Jules François Bocandé en 1990 en Algérie. Mais aussi  l’édition de 1992 à Dakar  ou encore l’élimination des Lions en quarts de finale par les chipolopolos de la Zambie en 1994 en Tunisie. Journaliste depuis plus de 10 ans, j’ai donc continué à vivre cette passion, en m’intéressant davantage au ballon rond. C’est ainsi que depuis 2009, je travaille comme journaliste sportif au quotidien national Le Soleil et je couvre essentiellement la lutte et le football.

Comment se porte aujourd’hui le sport sénégalais qui, jadis, a connu une période difficile? 

Le sport sénégalais se porte bien si l’on en juge par la régularité des compétitions. En revanche, en ce qui concerne les titres, c’est un bilan mitigé. Malgré son statut de sport-roi, le football  au Sénégal, à part une médaille d’or glanée lors  des Jeux africains de 2015, n’a encore rien gagné. En Afrique, notre plus grande prouesse à ce niveau a été la place de vice-champion que la génération de El Hadji Diouf et Henri Camara ont obtenue lors de la  CAN 2002 au Mali. Ils avaient été battus dans l’ultime tableau par les Lions indomptables de Rigobert Song, vainqueurs de cette édition. Au plan mondial, la meilleure performance du Sénégal a été sa qualification en quart de finale de la Coupe du monde 2002 Corée-Japon. Elle a, par la suite, été éliminée par la Turquie qui était partie jusqu’en demi-finales, se faisant éliminer par le Brésil. Il faut ajouter à ces performances, la deuxième qualification du Sénégal à une Coupe du monde. En effet, Sadio Mané et sa bande, après la génération de 2002, vont défendre les couleurs du Sénégal, à l’occasion du mondial russe prévu du 14 juin au 15 juillet.

Tout le contraire du football, le basketball a lui permis au Sénégal de remporter beaucoup de titres au niveau du continent. Pendant longtemps, les Lions et Lionnes de la Teranga du basket ont régné sur le toit de l’Afrique. L’Angola a, ensuite, pris le relais notamment au niveau du basket masculin. Il faut dire que depuis 1997, les Lions du basket n’ont plus gagné la coupe d’Afrique. L’équipe a néanmoins accompli des performances intéressantes lors des deux dernières éditions de l’Afrobasket en se classant à chaque fois 3è.  Quant à l’équipe féminine du Sénégal, elle fait toujours partie des meilleurs sur le continent. Elle a été championne d’Afrique en 2015 à Yaoundé puis vice-championne d’Afrique à  Bamako au Mali.

Autre discipline majeure, la lutte, qui se porte très bien. C’est le sport le plus populaire au Sénégal, aux  côtés du football. Grâce à cette discipline, beaucoup de jeunes gagnent bien leur vie ; certains ténors pouvant gagnant jusqu’à 80millions de francs, voire plus pour un seul combat. Enfin, dans le lot des grandes disciplines sportives, l’athlétisme, qui a fait la fierté du Sénégal avec Amadou Dia Ba, vice-champion olympique en 1988 à Séoul et la championne du monde des 400 m Amy Mbacké Thiam, bat depuis quelques années de l’aile.

 Dans quelques semaines les férus du ballon rond auront les yeux rivés vers la Russie à la faveur de la Coupe du monde. Qu’elles sont les équipes africaines qui peuvent créer la sensation? 

Toutes les équipes africaines peuvent créer la sensation. Comme on a l’habitude de le dire, il n’y a plus de petites équipes. Il y a un nivellement des valeurs. En réalité, tout dépendra des conditions dans lesquelles les joueurs vont évoluer. C’est cela qui va faire la différence. Les équipes africaines surtout celles de l’Afrique subsahariennes pêchent souvent à ce niveau. Sans compter les histoires de primes qui polluent souvent l’ambiance et déteint sur la performance des joueurs sur le terrain. Si le Sénégal a pu créer la surprise en 2002 en allant jusqu’en quart de finale, c’est parce que quelque part le staff administratif, l’encadrement technique et le coach Bruno Metsu, paix à son âme, ont su mettre les joueurs dans un cadre adéquat qui a permis à ces derniers de bien s’épanouir. Cela dit, je crois que l’Egypte avec son métronome Mohamed Salah a une carte à jouer ; même si les Pharaons devront évoluer dans un groupe assez difficile avec l’Uruguay de Luis Suarez et d’Edison Cavani et le pays hôte, la Russie. De même, le Sénégal de Sadio Mané, qui en sera à sa deuxième participation à la coupe du monde, voudra rééditer la prouesse qu’il avait réalisée en 2002.

 Avez-vous une idée du sport gabonais? 

Le football gabonais, porté par ses stars en l’occurrence Aubameyang est, sans doute, la discipline la plus populaire au Gabon ; comme c’est le cas dans de nombreux pays. En moins d’une décennie, le Gabon a abrité deux CAN ; ce qui est certainement révélateur de la volonté de ce pays de développer son sport en particulier le football. L’érection de nouvelles infrastructures, dans le cadre de la CAN, est un pas important dans la volonté de développer les disciplines sportives et pourrait avoir un impact positif dans le rendement des athlètes.

D’après vous, l’équipe nationale du Gabon regorge de nombreux talents. Savez-vous pourquoi elle peine à prendre ses marques sur l’échiquier continental ?

Le Gabon, comme beaucoup de pays africains, dispose de joueurs de talents évoluant surtout à l’étranger. Toutefois, le Gabon peine à se faire une place dans le football continental. A mon avis, il ne suffit pas d’avoir de bonnes individualités pour pouvoir gagner quelque chose. Une équipe de football se construit dans la durée. Pour cela, le Gabon doit, au-delà de son contingent d’expatriés et de ses nouvelles infrastructures sportives, mettre en place une véritable politique footballistique, y compris une vision et un bon championnat professionnel. Par exemple, la force des pays de l’Afrique du Nord notamment de l’Egypte c’est d’avoir de bons championnats locaux à partir desquels, ils forment la base voire l’essentiel de leurs équipes. Cela est aussi le cas des équipes européennes comme l’Espagne qui compte pour l’essentiel des pensionnaires du Real et du FC Barcelone ; de l’Allemagne (Bayern, Dortmund), de l’Italie (Juventus, Milan AC, Inter de Milan etc).

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