Brice Makaya : l’ex footballeur est un réfugié politique

0
Lu pour vous dans la presse française 
Footballeur professionnel en Europe et international gabonais, Brice Makaya doit se réfugier en France aujourd’hui après avoir tenu des propos qui n’ont pas plu au pouvoir en place.

Le football dépasse souvent le cadre du sport, comme pendant la Coupe du monde.

C’est ce sport qui a guidé Brice Makaya durant ses 49 ans d’existence. Enfant, il commence à pousser le ballon sur les terrains du Gabon. Une passion qui le mènera précocement à occuper la ligne d’attaque de l’équipe nationale avec son ami Guy-Roger Nzamba. Au début des années 90, une tournée en Europe lui permet d’être repéré : «J’ai marqué un but en match amical contre la Belgique, et nous avons joué contre des clubs français. Des discussions ont eu lieu avec les dirigeants d’Angers qui s’intéressaient à mon profil, mais le staff gabonais ne voulait pas me laisser partir».

Le joueur prend son mal en patience, en 1994 il signe pour trois ans en Hongrie au Vasas Budapest, après avoir permis au Gabon de se qualifier pour la première Coupe d’Afrique des nations : «Au Gabon le football tient une place très importante. Pour notre pays connaître sa première qualification à la CAN c’était exceptionnel. Ce résultat a marqué le pays à jamais».

En parallèle de sa carrière en club, Brice Makaya continue de faire briller le Gabon avec une deuxième qualification à la Coupe d’Afrique en 1996 : «C’était une très bonne période pour nous. Avec Guy-Roger Nzamba, qui a joué à Auxerre en première division, nous étions les fers de lance de l’attaque. Nous avons réussi à nous hisser en quart de finale». Une performance qui n’a été rééditée qu’en 2012 par l’équipe de Pierre-Emerick Aubameyeng. Attaquant à Arsenal joueur star en Europe, Brice connaît bien le Gabonais : «Pierre-Emerick je l’ai vu grandir, son père est un ami, nous avons joué ensemble. Le pays est très fier de lui car il fait briller le Gabon».

Après un passage en deuxième division, il rentre au pays à 33 ans, avec l’envie d’aider : «Le football a toujours été ma passion, je voulais rester impliqué. J’ai essayé d’apporter mon expérience au niveau de la fédération. J’ai entraîné beaucoup de clubs de première division pour y apporter mon savoir-faire. En même temps j’étais sélectionneur national des joueurs âgés de moins de 17 ans. En Afrique, rien n’est facile avec le manque d’infrastructures».

Une tête qui dépasse et que l’on veut faire taire

Son engagement va le mener à côtoyer des personnalités gabonaises, en dehors du football. L’Europe a changé sa vision du football, mais aussi du monde, il s’investit donc en politique : «À mon retour je dois avouer que j’ai été heurté par la dictature. Je vois ce qu’il se faisait au Portugal par exemple et au Gabon une même famille (N.D.L.R. : les Bongo) est à la tête du pays depuis plusieurs décennies, je me dis que ce n’est pas normal».

Sa voix se fera entendre au niveau international quand le Gabon organise la Coupe d’Afrique des nations en 2017 : «Je me suis opposé à ce projet. En 2016, suite à une élection injuste selon moi, le pays a connu un vrai bain de sang. Dans le QG du parti qui a perdu l’élection, nous avons connu un vrai bain de sang. Plus de 300 personnes ont été assassinées pour avoir défendu leurs idées. Depuis j’ai toujours dit que la CAN ne devait pas être organisée au Gabon tant que le pays pleurait ses martyrs».

Suite à son engagement politique, Brice Makaya voit certains de ses amis disparaître. Au moment où l’odeur du soufre se fait sentir, il décide de s’exiler en France pour sauver sa vie. Le 24 novembre 2016, il atterrit à Paris et prend le train pour Toulouse où il pense qu’une connaissance pourra le loger. «Je devais retrouver l’ami d’un ami, mais cela a été compliqué, explique-t-il. Ma plus grande crainte était d’être renvoyé au Gabon».

Avec l’aide de plusieurs personnes, dont les membres de l’association du Secours Populaire de Toulouse, il remonte vite la pente. Comme d’habitude, il se raccroche à ce qu’il connaît le mieux, le football. «Je me suis rapproché du club de Muret. J’ai eu un très bon contact avec Marco, le président et M.Sentein, manager général. Ils ont examiné mes diplômes d’entraîneur et m’ont proposé de coacher une équipe de joueurs de moins de 17 ans. Au club j’ai rencontré des gens extraordinaires qui m’ont tendu la main, grâce à eux j’ai pu m’en sortir.»

Naturalisé depuis un mois, l’ex-international voit le bout du tunnel : «Je dois remercier la France qui m’a accueilli et les gens qui m’ont aidé. Grâce à eux je me sens en sécurité aujourd’hui». Assez fataliste, il ne perd pas tout espoir pour son pays : «Tant que le pouvoir en place détient les armes rien ne va changer. Nous sommes un peuple pacifiste, mais j’espère qu’un jour des Gabonais auront la possibilité de changer les choses».

LEAVE A REPLY

S'il vous plaît ecrivez votre commentaire
S'il vous plaît entrer votre nom ici